Les deux dessins se confondent et ne font qu'un. La mascarade devrait bientôt toucher à sa fin. Je m'avance vers la grande porte dorée. Celle-ci s'ouvre partiellement au fur et à mesure de mes pas et finit par être pleinement ouverte. Son grincement retentit à travers toute la pièce. Des frissons s'emparent de tout mon corps. Je ne sais s'ils sont provoqués par l'adrénaline montante ou une anxiété dominante. Quoi qu'il en soit, je ne peux qu'aller de l'avant. Je franchis le seuil de la porte. Un couloir, d'un gris très léger et à la longueur infinie, me fait face. La porte se referme, comme à chaque fois, derrière moi. Son claquement me bouscule légèrement vers l'avant. J'ai comme l'impression d'être dans l'antichambre du paradis, où je dois accomplir un certain parcours dans un univers onirique, avant d'arriver à la sentence ultime. Déterminé, j'entame la marche dans cette allée aux repères inexistants. Il n'y a aucune fenêtre. Aucune couleur différente. Aucune séparation. Je n'ai vraiment aucune foutue idée du temps que je vais mettre pour voir le bout de cet ersatz de paradis. Et l'ambiance est bien fade. Comme à chaque moment où j'y pense, j'enfile mes écouteurs et me réécoute un peu de musique, histoire de tuer le temps et d'agrémenter mon voyage d'une petite touche musicale. Pris d'une emphase corporelle, j'accélère le pas et suit le rythme des musiques proposées. En plus d'avoir un fond sonore agréable, je me divertis et tue le temps inexistant en jouant le chef d'orchestre. J'agis ainsi pendant une durée qui me semble très longue mais la fin ne vient toujours pas. Au bout d'un certain temps, mon lecteur se coupe ; plus de carburant pour l'alimenter. Je le range dans ma veste en cuir et continue, décontenancé, ma randonnée interminable. C'est alors que, par une chance inouïe, ou par le fruit miraculeux de la providence, j'aperçois un petit point noir droit devant moi. Pressé d'en finir avec toute cette histoire, je me mets à courir. Le point s'agrandit et sa forme initiale se dessine progressivement. À quelques pas de l'arrivée, je devine de quoi il en retourne. C'est un écriteau dont les extrémités sont définies par des flèches. Il y a une inscription dessus que je ne peux encore lire. Je me rapproche davantage et finit par distinguer clairement les lettres entre elle. Détail supplémentaire, et pas des moindres : deux chemins identiques mais séparés par l'écriteau sont présents. Si j'en suis une certaine logique, il va falloir que je suive l'un d'entre eux. Quelque chose me dit que l'écriteau va m'aider dans le choix de la direction. Sur celui-ci, il est inscrit ceci : "A gauche - Monotonie linéaire. A droite - Redondance éternelle". Chaque inscription est dotée, sur son côté, d'un dessin que je connais que trop bien. Celui représentant la voie de gauche n'est autre que la ligne blanche. Celui de la voie de droite est, par conséquent, le cercle noir. Je me retrouve donc face à un choix à faire. Pour m'aider et me guider, quelques mots qui ne me parlent pas plus que ça, également exprimés sous leur forme picturale. Deux dessins qui ont été omniprésents depuis le début de cette journée et qui ne m'ont pas vraiment ménagé. Le choix est cornélien. Je n'ai pas plus d'indices que ça. Voilà donc que je me retrouve dans une histoire manichéenne où les chemins sont aux antipodes. Chacun doit avoir ses avantages et inconvénients, mais dans quelles limites ? Totalement perdu, je tente d'utiliser mon Mp3, qui a pu jusqu'ici m'aider à certains moments. Mais rien n'y fait, sa durée de fonction n'est que de quelques secondes et il n'y a aucun écho qui puisse me guider. C'est à moi et à moi seul que revient le choix du trajet. Le problème, c'est que j'ai beau me triturer la cervelle et dépouiller le sens des indications, les deux ne sont pas des plus rassurantes. Blasé, j'obéis à mon instinct et prends sans réfléchir le chemin de gauche, celui désigné par "Monotonie linéaire". Je commence à lentement avancer afin de voir ce qui peut se tramer au bout de ce chemin. Je ne vois rien. Avant de continuer, je tente de faire marche arrière pour vérifier si le chemin opposé ne contient pas quelque chose de différent. Mais en essayant de retourner sur mes pas, je me vois figé sur place. Je peux marcher mais je n'arrive pas à avancer. Un mystère de plus qui m'empêche d'agir à ma guise. Désabusé, je poursuis donc la route désignée. Une brûlure me prend au ventre. Ce doit être encore l'oeuvre du cercle noir. Je regarde mon nombril et remarque avec stupéfaction que le cercle est en train s'effacer. Sa disparition me picote le bas du ventre, jusqu'à ce l'opération soit totalement achevée. Pour la première fois depuis longtemps, je vois un léger tournant sur la droite devant moi qui obstrue la suite du chemin. Une fois entamé, un miroir se profile sur le mur de droite. Devant, je ne peux que me contempler. J'ai vraiment une sale mine. Comme chez moi, j'examine mon ventre, ainsi que mon dos. La ligne blanche est toujours présente sur ma colonne vertébrale. Cidji
|